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samedi 16 janvier 2016

Les Misérables I - Victor Hugo

Je viens tout juste de tourner la dernière page du premier volume de ce chef-d'oeuvre de Victor Hugo - la 913ème page pour être exacte - Les Misérables. Comme beaucoup, j'avais vu des tas d'adaptations et survolé des versions abrégées lors de mes années de lycée, mais je n'avais jamais eu l'occasion le courage de m'attaquer à l'intégralité de cette histoire sublime, longue et compliquée qui nous plonge directement dans le Paris du XIXe siècle. Bon, je n'ai fait que la moitié du chemin car j'ai un aussi gros pavé qui m'attend mais je suis ravie que, cette année, mes études m'aient un peu forcée à ne plus tourner le dos à l'histoire de Jean Valjean, de Cosette, de Fantine mais aussi de tous ces pauvres gens, ces misérables, qui ne font que traverser l'oeuvre sans visage et sans voix, comme ils traversaient les ponts au-dessus de la Seine...

Victor Hugo, écrivain engagé, entreprend ici un vaste réquisitoire social. Loin de n'être que le récit de la réhabilitation d'un forçat évadé victime de la société, Les Misérables sont avant tout l'histoire du peuple de Paris. Jean Valjean, et le lien qui l'unit à Cosette, en est le fil conducteur et le symbole. Homme du peuple par excellence, damné et accablé par les humiliations successives, Jean Valjean prend sur lui le péché du monde et l'expie. Dans son effort incessant pour se racheter, il assume un destin tragique qui nous renvoie le reflet de l'humanité en marche.

Le titre de Victor Hugo, Les Misérables, est à la fois simple et parfait pour cette oeuvre car elle englobe à la fois la misère financière qui frappait une couche de la population à cette époque-là mais aussi la misère de l'âme si je puis dire. Aussi, le mot "misérables" peut se teinter de mille couleurs tout au long de ce récit où chacun des personnages, du plus pauvre au plus riche, sera misérable à son tour. L'histoire s'ouvre sur le seul personnage à n'être sans doute jamais misérable car c'est lui-même qui refuse les richesses que pourraient lui apporter sa position d'évêque. Ce personnage, c'est Monseigneur Myriel et c'est grâce à lui que la lumière pourra arriver, par des chemins détournés et sinueux, vers certains personnages qui peuplent ce long récit car c'est lui qui va transformer Jean Valjean - ancien forçat condamné au bagne pour avoir volé du pain afin de nourrir les enfants de sa sœur dont le mari est mort - en Monsieur Madeleine. Et c'est Monsieur Madeleine qui va, pour racheter le tort fait à Fantine sans même le savoir, délivrer Cosette de l'enfer des Thénardier après avoir enrichi une ville et sauvé un homme d'une mort certaine. On pourrait presque dire que ceux qui mérite cette lumière la reçoive tôt ou tard, et pas les autres mais ce serait faire des Misérables un roman manichéen. Or, il ne l'est pas, auquel cas Fantine aurait retrouvé sa Cosette et Thénardier serait mort depuis longtemps. 

Tant qu'on va et vient dans le pays natal, on s'imagine que ces rues vous sont indifférentes, que les fenêtres, ces toits et ces portes ne vous sont de rien, que ces murs vous sont étrangers, que ces arbres sont les premiers venus, que ces maisons où l'on n'entre pas vous sont inutiles, que ces pavés où l'on marche sont des pierres. Plus tard quand on n'y est plus, on s'aperçoit que ces rues sont chères, que ces toits, ces fenêtres et ces portes vous manquent, que ces murailles vous sont nécessaires, que ces arbres sont vos bien-aimés, que ces maisons où l'on n'entrait pas on y entrait tous les jours, et qu'on a laissé de ces entrailles, de son sang et de son coeur dans ces pavés.
Tous ces lieux qu'on ne voit plus, qu'on ne reverra jamais peut-être, et dont on a gardé l'image, prennent un charme douloureux, vous reviennent avec la mélancolie d'une apparition, vous font la terre sainte visible, et sont pour ainsi dire, la forme même de la France ; et on les aime et on les évoque tels qu'ils sont, tels qu'ils étaient et l'on s'y obstine, et l'on n'y veut rien changer, car on tient à la figure de la patrie comme au visage de sa mère.

Il est difficile de qualifier Les Misérables... tragédie, roman historique, roman d'amour, roman social, roman réaliste, roman naturaliste... il est un peu tout ça à la fois. Je pense que jamais avant lui, et jamais après, un roman d'une telle envergure, aussi complet, aussi bien écrit et en même temps aussi accessible et vrai n'a vu le jour. Il ne s'agit pas seulement du chef-d'oeuvre de Victor Hugo à mes yeux mais plutôt du chef-d'oeuvre de la littérature française. Et peut-être que s'il ne fallait en garder qu'un, ce serait celui-là... Bon, je m'avance un peu dans ma chronique car il ne s'agit ici que du premier volume de l'oeuvre sur les deux de la nouvelle édition, mais je ne pense pas que la suite changera mon opinion dans la mesure où je connais déjà les événements... Quoi qu'il en soit, si la lecture de ce roman peut paraître longue est fastidieuse, elle est néanmoins nécessaire et on en ressort grandi.

Tant qu’il existera, par le fait des lois et des mœurs, une damnation sociale créant artificiellement, en pleine civilisation, des enfers, et compliquant d’une fatalité humaine la destinée qui est divine ; tant que les trois problèmes du siècle, la dégradation de l’homme par le prolétariat, la déchéance de la femme par la faim, l’atrophie de l’enfant par la nuit, ne seront pas résolus ; tant que, dans de certaines régions, l’asphyxie sociale sera possible ; en d’autres termes, et à un point de vue plus étendu encore, tant qu’il y aura sur la terre ignorance et misère, des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles.


Pour conclure sur ce premier volume des Misérables, je ne peux que vous conseiller - si ce n'est déjà fait - d'entreprendre la lecture de ce chef-d'oeuvre qui contient tout ce qu'un livre devrait contenir, et plus encore. Et même si les 1800 pages peuvent paraître insurmontables, rappelez-vous qu'il s'agissait d'un roman feuilleton donc les chapitres paraissaient chaque semaines dans les journaux et prenez le temps qu'il faut pour partir à la découverte de cet univers jamais égalé.

Ce livre a été lu dans le cadre de deux challenges

2016 Reading Challenge 
Un pavé (> 800 pages)

Challenge Petit Bac 2016
Ligne 1 : Gros mots
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