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vendredi 29 janvier 2016

D'ailleurs, les poissons n'ont pas de pied - Jón Kalman Stefánsson

J'ai reçu ce roman à l'occasion des Matchs de la Rentrée Littéraire organisés par PriceMinister. J'avais choisi de critiquer ce roman pour plusieurs raisons : d'abord je trouvais le titre et la couverture très beaux, puis j'étais curieuse de découvrir la littérature islandaise à laquelle je n'avais jamais été confrontée auparavant. Puis les événements s’enchaînant, le temps me manquant, je me suis retrouvé 2 semaines avant la date fatidique à devoir lire ce livre dans lequel j'ai eu un peu de mal à entrer, je l'avoue. Pourtant, ce sentiment a assez vite disparu pour laisser place à une découverte inattendue, ou plutôt plusieurs : celle de trois générations d'islandais, celle d'un pays qui m'est inconnu, et celle d'une écriture tellement poétique que ç'en est déroutant.  J'ai donc réussi à terminé la lecture de D'ailleurs, les poissons n'ont pas de pieds dans le temps imparti et je viens donc partager cela avec vous aujourd'hui.

Ari regarde le diplôme d’honneur décerné à son grand-père, le célèbre capitaine et armateur Oddur, alors que son avion entame sa descente vers l’aéroport de Keflavík. Son père lui a fait parvenir un colis plein de souvenirs qui le poussent à quitter sa maison d'édition danoise pour rentrer en Islande. Mais s’il ne le sait pas encore, c’est vers sa mémoire qu’Ari se dirige, la mémoire de ses grands-parents et de leur vie de pêcheurs du Norðfjörður, de son enfance à Keflavík, dans cette ville «qui n’existe pas», et vers le souvenir de sa mère décédée.

Jón Kalman Stefánsson entremêle trois époques et trois générations qui condensent un siècle d’histoire islandaise. Lorsque Ari atterrit, il foule la terre de ses ancêtres mais aussi de ses propres enfants, une terre que Stefánsson peuple de personnages merveilleux, de figures marquées par le sel marin autant que par la lyre. Ari l’ancien poète bien sûr, mais aussi sa grand-mère Margrét, que certains déclareront démente au moment où d’autres céderont devant ses cheveux dénoués. Et c’est précisément à ce croisement de la folie et de l’érotisme que la plume de Jón Kalman Stefánsson nous saisit, avec simplicité, de toute sa beauté.

Comme je le disais, le début de l'histoire m'a un peu déroutée. Peut-être n'étais-je pas assez familière avec la littérature nordique? Peut-être ai-je eu du mal à me situer dans ce récit qui mêle en fait trois époques et qui passe de l'un à l'autre parfois sans transition? Je ne saurais dire. Mais au bout d'un moment, je suis parvenu à m'habituer à tout cela, à l'écriture à la fois très poétique et très crue de l'auteur, aux discours indirect libre qui joue un rôle important dans ce roman, et même au narrateur, à la fois interne et omniscient (maintenant, je ne pourrai plus dire à mes élèves que les deux sont incompatibles!). Ce narrateur, bien mystérieux, nous raconte l'histoire d'Ari, qu'il connaît mais dont on a du mal à comprendre exactement quels sont leurs réels liens : amicaux? de parentés? Il m'a semblé comprendre qu'ils étaient cousins, mais finalement est-ce bien important? Je ne pense pas, car ce roman n'est pas le roman de son narrateur. C'est le roman d'Ari, le roman du père d'Ari, de son grand-père... Mais au-delà de ça, c'est le roman de la littérature, de la poésie et de l'Islande.

Les poèmes ont sans doute le pouvoir de sauver le monde, mais ceux qui les lisent sont si peu nombreux et leur nombre va diminuant : ils sont une ethnie en voie d'extinction. On devrait d'ailleurs leur accorder le statut d'espèce protégée et il faudrait que l'UNESCO pense à les inscrire au patrimoine de l'humanité.

En effet, en mêlant les vies d'Islandais issus de trois générations différentes, et de leurs proches, c'est l'Histoire de l'Islande qui transparaît dans les lignes de Jón Kalman Stefánsson. On y apprend la vie à Keflavík, lorsque les Américains étaient là, puis quand ils sont partis. On y apprend la survie dans des conditions climatiques extrêmes. On y apprend aussi comment les islandais ne peuvent plus pêcher leurs propres poissons. Mais on y apprend aussi des choses plus intimes, plus humaines... le temps qui passe, la vieillesse, la séparation, l'amour, la haine, la mémoire, la littérature et la poésie. On y découvre la vie dans ce qu'elle a de plus beau, et ce qu'elle a de plus douloureux. Tous ces contrastes se retrouvent sous la plume de l'auteur qui, comme je le disais, passe d'une poésie magnifique à une trivialité presque grossière. Il est difficile de décrire ce livre, très beau mais assez étrange de par sa forme et son contenu...

Peu importe le nombre de langues que nous apprenons, la discorde, les préjugés et les malentendus semblent ancrés au cœur du langage lui-même, tapis comme autant de mauvaises herbes au creux des mots ; sans doute n'allons-nous vraiment vers l'autre que par la musique. C'est là que demeurent nos rêves, notre désir d'une vie meilleure, d'un monde plus beau, le rêve de pouvoir nous arracher à nos défauts, notre jalousie, notre instabilité et notre vanité.


D'ailleurs, les poissons n'ont pas de pieds manque de peu la mention "coup de cœur" à cause notamment du temps qu'il m'a fallut pour entrer dans l'histoire, et de quelques longueurs par-ci par-là. Néanmoins, c'est une très belle découverte que j'ai faite avec cet auteur qu'est Jón Kalman Stefánsson, et je suis curieuse de lire d'autres œuvres, si ce n'est de lui du moins islandaises, car c'est un pays qui m'intrigue énormément!

Ce livre a été lu dans le cadre de deux challenges

2016 Reading Challenge 
Un livre d'un auteur nordique

Challenge Petit Bac 2016
Ligne 1 : Animal
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